Le Rwanda craint que le démantèlement des FDLR ne l'oblige à retirer les RDF de la RDC
La signature d’un protocole sur le désarmement des FDLR intensifie les tensions entre Kigali et Kinshasa concernant l’Accord de Washington, la présence des RDF dans l’est de la RDC et l’avenir du processus de paix.
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Les tensions continuent de s'intensifier entre le Gouvernement du Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC) après que les FDLR ont signé ce que Kinshasa qualifie de « protocole » relatif au désarmement, à la démobilisation et au cantonnement de leurs combattants. La RDC affirme que cette démarche s'inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l'Accord de Washington et du CONOPS qui l'accompagne.
Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier J.P. Nduhungirehe, a immédiatement condamné cette initiative, affirmant que la signature de ce « protocole » entre le Gouvernement congolais et les FDLR ne figure nulle part dans l'Accord de Washington, celui-ci ne prévoyant aucun mécanisme de ce type. Il a ajouté que les FDLR, qu'il qualifie de groupe responsable du génocide, ne sont pas parties à cet accord mais en constituent plutôt l'objet.
Selon Nduhungirehe, cette initiative représente une tentative manifeste de Kinshasa et de ses alliés de détourner l'attention et de recourir à des manœuvres dilatoires afin d'échapper à leurs principales responsabilités en matière de sécurité. Il a précisé que, conformément au CONOPS et à l'OPORD, ces obligations auraient dû être remplies dans un délai de 90 jours.
Il a également déclaré que, depuis la signature de l'Accord de Washington le 4 décembre 2025, le Gouvernement de Kinshasa n'a jamais réduit son soutien militaire aux FDLR. Nduhungirehe accuse en outre les autorités congolaises d'avoir intégré une grande partie des combattants des FDLR au sein des Forces armées de la RDC. Il affirme également que Kinshasa a accéléré leur restructuration sur le plan politique avec le concours de plusieurs personnalités vivant en Europe et liées à l'ancien régime de Juvénal Habyarimana, notamment Jean-Luc Habyarimana, Fabien Singaye, Thomas Nahimana et Thadée Kwitonda.
Du côté congolais, le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, a annoncé que, conformément à l'Accord de Washington et au CONOPS, les FDLR avaient signé un « protocole » relatif au désarmement, à la démobilisation et au cantonnement de leurs combattants dans le cadre d'une campagne de sensibilisation. Il a qualifié cette évolution de tournant majeur dans la gestion d'une question qui, selon lui, est utilisée depuis trente ans par le Rwanda comme prétexte pour justifier le maintien de ses troupes dans l'est de la RDC en soutien à la rébellion AFC/M23.
Patrick Muyaya a également indiqué que lui-même et le ministre chargé de l'Intégration régionale, Floribert Anzu, reviendraient en détail sur cette évolution, qui a constitué l'un des principaux sujets abordés lors de leur récente tournée diplomatique en Europe et en Afrique.
Le journaliste et analyste politique Samuel Baker Byansi estime que Kigali a intérêt à ce que les FDLR ne soient pas démantelées, car leur disparition priverait le régime du président Paul Kagame de ce qu'il considère comme le principal prétexte utilisé depuis trente ans pour maintenir les Forces de défense rwandaises sur le territoire congolais.
Selon Byansi, Paul Kagame ne souhaite pas que cette question soit définitivement résolue parce qu'il continue de tirer des avantages de la situation en RDC. Il est également revenu sur les déclarations de la porte-parole du Gouvernement rwandais, Yolande Makolo, selon lesquelles les FDLR seraient intégrées dans les Forces armées congolaises et combattraient sur les lignes de front, tout en exigeant que leur démantèlement soit vérifiable et confirmé de manière transparente. Byansi ajoute: “Une telle exigence reviendrait à demander à la RDC de démanteler sa propre armée, une condition impossible à satisfaire.”
Un élément important, est que ni Yolande Makolo ni Patrick Muyaya n'ont évoqué le fait que ce sont les troupes rwandaises qui se trouvent sur le territoire congolais, et non les forces congolaises sur le territoire rwandais. Cela signifie, selon cette argumentation, que la partie accusée d'avoir lancé l'offensive exige de la partie attaquée qu'elle procède d'abord à son désarmement.
Le Gouvernement rwandais continue ainsi, à se présenter comme une victime sans tenir pleinement compte des obligations découlant des différents accords qu'il a signés concernant ce conflit. C'est dans ce contexte que Yolande Makolo a déclaré que l'Accord de Washington exige le démantèlement complet des FDLR, et non la signature d'un « protocole » avec un groupe accusé d'avoir participé au génocide et que, selon elle, le Gouvernement de la RDC continue d'armer et de soutenir.
Makolo a également affirmé que présenter un désarmement volontaire comme une avancée n'apporte aucun changement tant que les FDLR restent intégrées dans l'armée congolaise et continuent de combattre sur les lignes de front. Selon elle, la mise en œuvre effective de l'accord suppose un démantèlement des FDLR qui puisse être vérifié et confirmé, plutôt que des actions symboliques destinées à l'opinion publique.
Bien que le Rwanda continue de présenter les FDLR comme une menace majeure pour sa sécurité nationale, plusieurs rapports, notamment ceux des Nations unies, indiquent que Kigali reconnaît lui-même que ce groupe ne représente plus une menace significative, les autorités rwandaises affirmant qu'il a été affaibli à près de 99 %. En outre, le Rwanda a mené plusieurs opérations militaires au fil des années, amenant de nombreux experts à considérer que les véritables FDLR ont déjà été largement neutralisées grâce aux opérations conjointes menées par les armées rwandaise et congolaise, notamment l'opération « Umoja Wetu ». Il est également établi que de nombreux membres du groupe, y compris certains de ses dirigeants, ont été rapatriés au Rwanda.
Dans ce contexte, la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration (RDRC) a annoncé, le mercredi 29 juillet, avoir remis aux autorités de la République démocratique du Congo (RDC) 39 ressortissants congolais, affirmant qu'ils s'étaient faussement présentés comme d'anciens combattants des FDLR alors qu'ils ne l'étaient pas. Cependant, selon une enquête menée par BADRAMATV, les affirmations du Rwanda selon lesquelles ces personnes auraient été remises à la MONUSCO afin que celle-ci les transfère aux autorités congolaises sont fausses. Au contraire, la MONUSCO aurait d'abord indiqué qu'elles devaient être renvoyées à l'endroit d'où elles avaient été prises.
Depuis que les grandes puissances et les organisations internationales ont intensifié leurs efforts diplomatiques pour résoudre cette crise, le Rwanda chercherait constamment de nouveaux arguments afin d'empêcher la fin du conflit. Toutefois, compte tenu des intérêts stratégiques des États-Unis en République démocratique du Congo, Kigali pourrait s'exposer à de lourdes conséquences s'il persistait à refuser de retirer ses troupes, comme l'exigent les accords qu'il a signés.
Enfin, le Rwanda et ses alliés font tout leur possible pour perturber ou compromettre la mise en œuvre de l'Accord de Washington dans le but de déclencher une guerre de grande ampleur contre le président Félix Tshisekedi. Cette stratégie se traduirait également par les efforts continus des rebelles de l'AFC/M23 pour se procurer des armes lourdes, recruter de nouveaux combattants et les former militairement, en contradiction avec les engagements pris dans les différents accords qu'ils ont signés.
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