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RDC : Paul Rusesabagina dénonce les atrocités attribuées au Rwanda et au M23 dans un rapport accablant de Human Rights Watch

S’appuyant sur un rapport de Human Rights Watch fondé notamment sur les témoignages de 102 anciens détenus, Paul Rusesabagina dénonce une campagne systématique de recrutement forcé, de détentions inhumaines, d’exécutions et d’utilisation d’enfants soldats attribuée au M23 et aux forces rwandaises dans l’est de la République démocratique du Congo.

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S’appuyant sur un rapport de Human Rights Watch fondé notamment sur les témoignages de 102 anciens détenus, Paul Rusesabagina dénonce une campagne systématique...

Human Rights Watch a publié, le 10 juin 2026, un rapport particulièrement accablant sur les graves violations commises dans les zones contrôlées par le M23 et les forces rwandaises dans l’est de la République démocratique du Congo.

Intitulé « La mort était partout : Détention arbitraire, meurtres et recrutement forcé commis par le M23 et les Forces rwandaises de défense », ce rapport documente des rafles massives, des détentions arbitraires, des exécutions sommaires, des actes de torture, du travail forcé et l’utilisation d’enfants soldats.

Les recherches de Human Rights Watch reposent notamment sur 102 entretiens réalisés en personne ou par téléphone avec d’anciens détenus, ainsi que sur 29 entretiens supplémentaires avec des proches, des témoins et différentes sources militaires, diplomatiques, médiatiques et onusiennes.

L’organisation affirme également avoir analysé des images satellites, des photographies, huit vidéos vérifiées et géolocalisées, ainsi que des reconstructions en trois dimensions des camps de Rumangabo et de Tshanzu.

Dans un message transmis à BADRAMA TV, Paul Rusesabagina revient sur les principales conclusions du rapport et dénonce ce qu’il considère comme une campagne systématique et organisée contre les populations congolaises.

Recrutement forcé massif et systématique de milliers de personnes

Après la prise de Goma à la fin du mois de janvier 2025, le M23 et les forces rwandaises auraient organisé de vastes opérations de rafle.

Human Rights Watch estime qu’environ 1 700 personnes se trouvaient à bord de onze camions photographiés et filmés devant le stade de l’Unité, à Goma, le 30 janvier 2025.

Parmi les personnes transportées figuraient des militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo, des policiers, des civils, des agents publics et des personnes soupçonnées d’appartenir aux groupes Wazalendo.

Elles auraient ensuite été conduites vers Rumangabo et Tshanzu, dans le territoire de Rutshuru, pour y subir une formation militaire, une rééducation idéologique ou une intégration forcée au sein du M23.

Selon les témoignages recueillis, ces opérations se sont progressivement étendues à Goma, Bukavu, Sake, Rutshuru, Masisi et dans plusieurs autres zones sous contrôle du M23.

Des personnes auraient été enlevées dans la rue, à leur domicile, dans des églises, des écoles, des réunions publiques et d’autres lieux de rassemblement.

Les jeunes hommes et les adolescents auraient été particulièrement ciblés. Parmi les détenus documentés par Human Rights Watch figuraient des enfants âgés d’à peine 12 ans.

De nombreux civils sans lien démontré avec l’armée auraient été arrêtés sous prétexte de liens réels ou supposés avec les FDLR, les Wazalendo ou d’autres groupes opposés au M23.

Exécutions sommaires et morts en détention

Le rapport décrit les camps de Rumangabo et de Tshanzu comme des lieux de violence permanente, dans lesquels la mort faisait partie du quotidien des personnes détenues.

D’anciens détenus affirment avoir assisté à des passages à tabac mortels, à des exécutions sommaires et à des sanctions pouvant entraîner la mort.

Selon leurs témoignages, certaines personnes auraient été tuées pour avoir tenté de s’échapper ou pour des infractions aussi mineures que boire de l’eau, manger ou uriner sans autorisation.

Des témoins affirment également avoir enterré des corps dans de grandes fosses. Des images satellites analysées par Human Rights Watch auraient permis de localiser des zones correspondant aux indications fournies par plusieurs anciens détenus au sujet de tombes et de fosses communes.

Entre février et novembre 2025, d’anciens prisonniers disent avoir vu des dizaines de détenus mourir à la suite d’exécutions, de blessures, de la faim, de la déshydratation ou de mauvais traitements.

Human Rights Watch estime que des centaines de personnes, peut-être davantage, pourraient être mortes dans les deux camps au cours de l’année 2025.

L’un des témoignages repris dans le rapport résume l’horreur vécue par les détenus : « La mort était partout. »

Selon Paul Rusesabagina, les exécutions et les passages à tabac auraient également servi à terroriser les autres détenus et à les contraindre à accepter leur enrôlement dans les rangs du M23.

Conditions de détention inhumaines

Les anciens détenus interrogés décrivent une surpopulation extrême, un manque sévère de nourriture et d’eau, une quasi-absence de soins médicaux et des conditions d’hygiène déplorables.

Certains détenus auraient été contraints de creuser et de dégager des routes, de couper du bois, de transporter de lourdes charges ou d’aller chercher de l’eau sur de longues distances.

Les coups et les châtiments corporels auraient été systématiques.

À Tshanzu, certaines personnes auraient été enfermées dans des trous creusés dans le sol et régulièrement battues.

Pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, de nombreux détenus auraient été empêchés de communiquer avec leurs familles, lesquelles ignoraient parfois totalement leur lieu de détention et même s’ils étaient encore en vie.

Le rôle direct des forces rwandaises

Plusieurs anciens détenus interrogés par Human Rights Watch affirment avoir identifié des instructeurs, des gardiens et des militaires rwandais présents dans les camps.

Ils disent les avoir reconnus à leurs uniformes des Forces rwandaises de défense, à leur équipement, à leur accent et à l’utilisation du kinyarwanda et de l’anglais pendant les entraînements.

Des détenus auraient été punis lorsqu’ils s’exprimaient en lingala, alors que cette langue est largement parlée en République démocratique du Congo.

Les anciens prisonniers décrivent également une formation idéologique, parfois appelée « Kitamaduni », accompagnée d’un entraînement physique et militaire extrêmement brutal.

Le rapport affirme que de hauts responsables du M23 ainsi que des unités et des instructeurs rwandais étaient présents dans les centres de formation.

Human Rights Watch considère que la présence militaire du Rwanda et sa direction des opérations du M23 démontrent un contrôle effectif sur certaines parties de l’est de la RDC.

L’organisation estime que cette situation pourrait répondre au seuil juridique d’une occupation belligérante et engager la responsabilité pénale de responsables rwandais, y compris au titre de la responsabilité de commandement.

Recrutement et utilisation d’enfants soldats

Le rapport documente également la présence d’enfants, garçons et filles, recrutés ou détenus de force dans les camps.

Certains auraient subi des mauvais traitements, du travail forcé et une formation militaire. D’autres auraient été utilisés comme gardiens ou contraints de participer aux violences exercées contre les détenus.

Human Rights Watch considère que les meurtres, la torture, les traitements cruels, les châtiments corporels, le recrutement forcé illégal, le travail forcé et l’utilisation d’enfants soldats constituent des crimes de guerre.

L’organisation demande également que ces abus fassent l’objet d’enquêtes en tant que possibles crimes contre l’humanité, en raison de leur caractère généralisé ou systématique contre une population civile.

Des responsables cités dans le rapport

Le rapport identifie plusieurs responsables militaires et commandants qui devraient, selon Human Rights Watch, faire l’objet d’enquêtes et de sanctions.

Parmi les personnes citées figurent le général de brigade rwandais Stanislas Gashugi, commandant des forces spéciales rwandaises, ainsi que les responsables du M23 Léon Kanyamibwa et Bertin Masozera.

Human Rights Watch appelle les gouvernements concernés à sanctionner les commandants responsables de graves violations dans les centres de formation et les lieux de détention.

L’organisation demande également des enquêtes indépendantes, l’accès des enquêteurs internationaux aux territoires concernés, la coopération avec la Cour pénale internationale et l’exhumation correcte des fosses communes afin d’identifier les victimes et de restituer les dépouilles aux familles.

Selon Human Rights Watch, le M23 a refusé une demande de visite formulée en octobre 2025. L’organisation affirme également avoir écrit au président du M23, Bertrand Bisimwa, au ministre rwandais de la Justice et au ministre rwandais de la Défense afin de discuter des conclusions de l’enquête, sans recevoir de réponse avant la publication du rapport.

La réaction de Paul Rusesabagina

Pour Paul Rusesabagina, ce rapport constitue l’un des documents les plus sévères jamais publiés par Human Rights Watch sur le rôle du Rwanda et du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo.

Il estime que les faits décrits ne constituent pas des abus isolés, mais une campagne systématique, organisée et supervisée.

Il demande que ces éléments soient rapprochés, selon son analyse, de la manière dont des membres de la communauté banyamulenge auraient été instrumentalisés et conditionnés pendant les premières guerres du Congo pour participer à des massacres de réfugiés hutu et de populations civiles congolaises dans le cadre d’opérations de représailles.

Cette déclaration exprime la position de Paul Rusesabagina. Elle ne doit toutefois pas être interprétée comme attribuant collectivement une responsabilité criminelle à l’ensemble de la communauté banyamulenge, les responsabilités relatives à des crimes internationaux devant être établies individuellement à partir de faits et de preuves.

Paul Rusesabagina condamne également publiquement @CoulibalyBojana, qu’il accuse de soutenir ceux qu’il qualifie de criminels de guerre.

Il affirme qu’à ses yeux, les défenseurs du gouvernement de Paul Kagame répondent habituellement aux rapports critiques en accusant Human Rights Watch de mensonge et en présentant toute dénonciation comme une attaque dirigée contre le Rwanda ou son président.

« Honte à @CoulibalyBojana de soutenir ces criminels de guerre. Mais comme à son habitude, elle va nous dire que Human Rights Watch ment effrontément et que tout le monde en veut à Paul Kagame », a déclaré Paul Rusesabagina.

Un appel à la justice

Human Rights Watch recommande que les autorités rwandaises et congolaises ouvrent des enquêtes rapides, transparentes, indépendantes et impartiales sur l’ensemble des violations alléguées.

L’organisation demande la libération des civils détenus arbitrairement, la fin immédiate du recrutement des enfants, l’accès des familles aux détenus et la poursuite des responsables de crimes graves.

Elle appelle également la Cour pénale internationale à enquêter sur les crimes internationaux présumés commis dans le cadre des campagnes de recrutement forcé et des détentions dans les camps militaires de l’est du Congo.

Pour BADRAMA TV, les faits rapportés exigent une enquête internationale complète, l’identification des victimes, la protection des témoins et la poursuite de toutes les personnes responsables, quel que soit leur rang politique ou militaire.

Les populations congolaises ont droit à la vérité, à la justice et à la fin de l’impunité.

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